Depuis plusieurs années, des diplômé·e·s de l’école sont invité·e·s à exposer leurs travaux dans la programmation officielle. Les œuvres présentées cette année ont été réalisées à l’occasion de leur diplôme, obtenu en juin 2025.
La commissaire Yasmine Chemali a sélectionné les projets de Calista Bizzari Malou, Mathis Clodic et Rıfat Göbelez pour la richesse et la singularité de leurs démarches, reflétant la diversité des approches esthétiques et conceptuelles à l’ENSP.
Dans gestes magiques, gestes politiques, Calista Bizzari Malou nous emmène dans les Pyrénées, ainsi que dans le massif de Marseilleveyre, auprès d’une jeune bergère et d’une jeune herboriste, qui incarnent des manières de faire monde avec le vivant. Par une combinaison sensible de vidéos, textes et tirages, elle transforme l’image documentaire en une surface d’interprétation où se mêlent matérialité, rêve et transmission. Ses gestes filmés sont à la fois de l’ordre du rituel et de l’acte de résistance, fragiles et puissants.
Avec Antioche(s), Rıfat Göbelez explore une montagne et une ville stratifiées par les couches successives d’histoire et de séismes. Loin de tout sensationnalisme, sa démarche contraste avec le prisme de la catastrophe adopté dans les journaux et les discours publics. Son approche sensible refuse la stigmatisation d’un territoire qui s’effondre.
An Eternal Wasteland de Mathis Clodic propose une archéologie de l’immatériel. En explorant les ruines numériques d’un jeu vidéo, il révèle un paysage figé et déserté, hanté par le passage de millions de joueurs. Par des procédés photographiques traditionnels, il fait glisser ces espaces virtuels vers la matérialité, construisant l’archive d’un fantasme et convoquant un sublime inattendu dans l’univers du jeu vidéo.
Dans ces trois projets, l’image s’inscrit comme un espace de mémoire, où se joue une relation au sujet sur le temps long ; une démarche d’observation patiente, qui pose un regard engagé sur notre rapport au monde.